Renaud Camus en procès

« Le Grand Remplacement, le changement de peuple, que seule rend possible la grande déculturation, est le phénomène le plus considérable de l'histoire de France depuis des siècles, et probablement depuis toujours... » Renaud Camus

Interview de Renaud Camus pour "Info Bordeaux"

Renaud Camus en procès

Article de l’Express:

« L’ÉCRIVAIN COMPARAISSAIT AUJOURD’HUI À PARIS POUR DES PROPOS TENUS EN 2010 AUX ASSISES CONTRE L’ISLAMISATION. UN MOIS TOUT JUSTE APRÈS LES ATTENTATS DE JANVIER, LE PROCÈS PROMETTAIT D’ÊTRE ANIMÉ. L’EXPRESS Y ÉTAIT.

Renaud Camus poursuivi pour incitation à la haine raciale: un procès mouvementé

Il est plutôt rare -kamikaze, diraient même certains…- qu’un prévenu se présente sans avocat à son procès. Surtout s’il s’agit d’un écrivain en vue, connu pour ses positions hautement polémiques. C’est pourtant ce qu’a fait Renaud Camus, ce 5 février, devant la 7ème chambre de la Cour d’Appel de Paris. C’était clairement annoncer que l’on n’allait pas se perdre en finasseries juridiques et qu’on allait assister à une défense très idéologique, autour de sujets on ne peut plus actuels, tels que les liens entre islamisme et délinquance ou liberté d’expression. On en a eu confirmation, dès que l’écrivain, costume sombre sur chemise blanche, s’est approché de la barre pour prendre sa propre défense.

Renaud Camus comparaissait pour des propos tenus le 18 décembre 2010, aux « Assises sur l’islamisation », à Paris, organisées par Riposte Laïque, Résistance Républicaine et le Bloc identitaire, associations classées à l’extrême-droite. Devant mille personnes, il y avait prononcé un discours intitulé « La nocence, instrument du Grand Remplacement », dans lequel il établissait un lien entre immigration et fin de la civilisation française, assimilant l’islam à une religion de conquête, dont les « voyous » de banlieue seraient les « soldats ». Selon lui, « en rendant la vie impossible aux indigènes [comprendre les Français de souche] » les incivilités et l’ultra-violence des jeunes issus de l’immigration ne seraient que le prélude à une contre-colonisation. C’est ce qu’il appelle -le concept a largement diffusé aujourd’hui- le Grand Remplacement.

« Vous avez le droit au silence »

Des propos qui, on s’en doute, n’ont que modérément plu au MRAP (Mouvement contre le racisme et pour l’amitié entre les peuples), lequel avait porté plainte et obtenu, au terme d’une audience animée, la condamnation de Renaud Camus pour incitation à la haine raciale, assortie d’une amende de 4000 euros, le 10 avril 2014. Condamnation dont l’écrivain a fait appel, ce qui lui vaut de comparaître aujourd’hui.

« Vous avez droit au silence », a bien tenté, pour la forme, la présidente Sophie Portier, en s’adressant à Renaud Camus au début de l’audience. Peine perdue, l’écrivain se lève, une liasse de feuilles à la main. Il sera donc son propre avocat. Et attaque sec d’entrée : « J’ai décidé de faire appel, car j’ai trouvé les motivations du jugement en première instance hallucinantes, stupéfiantes. » Et de marteler son argumentation : « Les juges ont écrit que j’avais présenté les musulmans comme des voyous. C’est faux ! J’ai seulement évoqué des délinquants, en effet souvent d’origine immigrée, qui seraient le bras armé d’une colonisation, dont la France serait victime. Certains quartiers se sont vidés des indigènes français, qui fuient cette délinquance. Mais cela ne signifie en aucun cas que tous les musulmans sont des voyous. »

On assiste alors à l’un de ces dialogues de sourds dont certaines audiences ont le secret.

La présidente : « Mais, ces délinquants, vous dites bien qu’ils sont musulmans, non ? »

Le prévenu : « Je parle de voyous, pas de musulmans ! Certes, nombre d’entre eux viennent d’Afrique. Il me semble que les attentats parisiens de janvier étaient tous le fait d’anciens délinquants passés à l’islamisme et à l’action militaire. D’ailleurs, ce sont bien des forces militaires que le gouvernement a déployées en France pour y répondre. »

L’une des deux autres juges : « Tous les musulmans sont donc des voyous ? »

Le prévenu, comme désespéré : « Je crois que nous ne nous comprenons pas du tout… »

Renaud Camus explose

C’est peu de le dire. Pour s’expliquer, Renaud Camus tente alors de lire quelques communiqués du Parti de l’In-nocence, qu’il a fondé en 2002. Mais la présidente l’interrompt : « Revenons plutôt à ce qui nous occupe aujourd’hui, votre allocution de 2010… » Alors, phénomène assez rare dans une enceinte de justice, l’écrivain explose, hausse le ton, pose ses feuilles devant lui. On croit l’espace d’un instant qu’il va quitter la salle d’audience et son propre procès. Mais il reste et s’asseoit.

Place à Me Pierre Mairat, l’avocat du MRAP, qui déroule paisiblement sa plaidoirie. Oui, Renaud Camus appelle à la haine contre les musulmans, oui, Renaud Camus soutient le mouvement extrémiste allemand Pegida, oui, Renaud Camus racialise, oui Renaud Camus a appelé à voter Marine Le Pen. Et de faire allusion, lui aussi, aux récents attentats, mais en retournant l’argument : « Je pense même que ce sont les propos discriminatoires comme ceux de Renaud Camus qui créent de l’injustice et font pousser des mauvaises herbes comme les frères Kouachi ou Amedy Coulibaly. »

L’avocate générale, qui représente l’Etat, ne dira pas autre chose et demande la confirmation de la condamnation en première instance.

Un peu résigné, Renaud Camus reprend la parole une dernière fois : « L’écrivain, c’est celui qui doit dire ce qui ne peut être dit par la société. Alors, oui, je pense que nous sommes victimes d’une colonisation et que nous devons lutter politiquement contre elle. Nous sommes en février 2015 en France et, après ce que nous venons de connaître, c’est moi qui suis poursuivi pour incitation à la violence ?! » Avant de conclure, fataliste : « Je sais bien que je vais être condamné… » Et à observer à cet instant-là le visage des trois magistrats, c’est bien, en effet, l’impression que chacun a dans la salle. Réponse le 19 mars, date à laquelle la Cour rendra sa décision. »

Source: L’Express