Au Bloc Identitaire, l’apologie de la «remigration»

« Le Grand Remplacement, le changement de peuple, que seule rend possible la grande déculturation, est le phénomène le plus considérable de l'histoire de France depuis des siècles, et probablement depuis toujours... » Renaud Camus

Vardon

Au Bloc Identitaire, l’apologie de la «remigration»

Le Figao revient sur les Assises de la Remigration organisées par le Bloc Identitaire:

LE SCAN POLITIQUE/REPORTAGE – Le mouvement d’extrême droite, qui se réunissait à Paris ce samedi, agite le chiffon rouge du «grand remplacement», quand le FN voit trouble sur le sujet.

Hasard du calendrier, selon le Bloc Identitaire. Ce samedi, le mouvement politique d’extrême droite tenait un rassemblement à Paris, à deux semaines du congrès du Front national. À l’ordre du jour, son nouveau cheval de bataille: la «remigration», à savoir le retour des immigrés et descendants d’immigrés dans leur pays d’origine.

Dans un salon au sous-sol à deux pas de la Tour Eiffel, dans le 15ème arrondissement de Paris, 520 personnes, selon les organisateurs, se sont massées pour écouter, pendant plusieurs heures, les prises de parole de neuf intervenants.

Que des hommes âgés à la tribune, pour la plupart essayistes ou historiens, venus défendre leur conception du «grand remplacement», théorie selon laquelle le peuple français sera remplacé par la population immigrée, venue notamment des pays arabes et africains. Seuls deux jeunes, issus du mouvement Génération identitaire, sont intervenus, dont le porte-parole et désormais chargé de communication à la mairie FN de Beaucaire Damien Rieu.

Alors qu’un observatoire de la «remigration» a été lancé par le Bloc identitaire au début du mois de novembre, 26 mesures ont été présentées, supposées enrayer l’immigration «massive» d’aujourd’hui. Abrogation du droit du sol, abrogation du regroupement familial, mise en place d’un Fond d’aide au retour, exclusivité des aides sociales et des logements sociaux aux nationaux et ressortissants européens, création d’un haut-commissariat à la rémigration… «C’est la méthode pacifique», selon Philippe Vardon, l’un des créateurs du Bloc Identitaire. «Les étrangers ne sont pas heureux ici».

Damien Rieu donne sa propre idée du concept à la tribune: «La ‘remigration’, c’est donner le droit aux étrangers de vivre chaque année là où ils partent en vacances l’été». Les intervenants n’ont pas peur de frapper fort, au grand bonheur de l’auditoire. «Les femmes emmènent avec elles le taux de fécondité de leur pays d’origine», s’exclame Jean-Yves Le Gallou, un énarque qui a pensé à apporter du «matériel pédagogique»: une corbeille à papier, dans laquelle il jette «les textes qui nous empêchent de défendre notre identité».

Dans un style tout aussi rocambolesque, l’ancien journaliste Guillaume Faye n’hésite pas à imiter l’accent japonais, provoquant l’hilarité générale. Pour lui l’immigration est une «colonisation» et il n’hésite pas à prendre «les photos de classe des élèves» et la présence des étrangers aux supermarchés comme preuve. «Il faut supprimer l’argent-braguette!» claironne-t-il, faisant allusion aux allocations familiales.

Le FN, absent remarqué

Il est des absents dont il a été beaucoup question: Marine Le Pen, et plus globalement le Front national. «Délicat pour eux de venir, compte tenu du contexte», reconnaît Fabrice Robert, patron du Bloc identitaire. La première grenade contre les frontistes a été dégoupillée par Renaud Camus, chantre du grand remplacement et idéologue de l’extrême-droite, pourtant proche de la présidente du parti frontiste.

«J’ai eu le chagrin d’entendre que le ‘grand remplacement’ était un fantasme, de la part d’un grand parti. Je ne peux pas croire que le FN ne voie plus un peuple mais des électeurs», a-t-il attaqué devant le public, qui comptait en ses rangs un bon nombre d’électeurs frontistes. «Je préfèrerais que le FN reste fidèle au message essentiel de l’identité, mais je vois qu’il y a une tendance forte au sein des instances dirigeantes à vouloir écarter la thématique», regrette-t-il.

Au Front national, c’est le grand flou autour du «grand remplacement». Au début du mois de novembre, interrogée par le JDD, Marine Le Pen avait qualifié cette idée de «vision complotiste»,préférant parler d’ «immigration massive». Florian Philippot lui avait emboîté le pas en précisant que le terme n’était pas du vocabulaire du Front national. Le nouveau responsable du Front national de la jeunesse (FNJ), Gaëtan Dussaussaye, parle lui d’un «fantasme racialiste».

D’autres pourtant, comme le directeur de cabinet de Marine Le Pen, Philippe Martel, ou Aymeric Chauprade, député européen, assument clairement cette théorie et son appellation. Marion Maréchal-Le Pen, elle, préfère rester prudente pour l’instant, mais y serait plutôt favorable, selon plusieurs sources.

Les électeurs déboussolés

Isabelle, juriste à la retraite et électrice FN, ne cache pas non plus sa déception après les récents propos du parti. «Le FN paraît largement compatible avec l’immigration, je suis dans une phase d’observation mais il n’est pas exclu que je ne vote plus», reconnaît la Montpelliéraine, foulard de soie coloré noué autour du cou. «La ‘remigration’ est un très bon raisonnement. Chez moi je vois beaucoup d’immigrés, ils ne travaillent pas, ils ont de l’argent, remplissent leur chariot de produits aux supermarchés quand moi je n’y mets que trois œufs!», se lamente-t-elle.

Au premier rang dans la salle, une habitante de Seine-et-Marne, qui vote FN «depuis 25 ans», note l’absence de représentants du parti. «C’est révélateur», maugrée-t-elle. «C’est dommage, moi je leur dis de ne pas baisser la garde sur l’immigration, car il y a une vraie demande de la part des militants et des patriotes de tous bords», analyse-t-elle. «Si les chefs continuent de naviguer, ils n’auront pas ma voix, ils doivent cesser de louvoyer», commente en off un des intervenants.

«On peut comprendre qu’untel ou untel ne veuille pas utiliser l’expression du ‘grand remplacement’», temporise Philippe Vardon. «Mais Marine Le Pen doit rétablir le contact avec ses électeurs. Je le sais, beaucoup nous disent qu’ils sont déboussolés. Je les apaise, car nous n’avons pas vocation à faire de croche-patte au Front national», observe ce dirigeant niçois qui reconnaît avoir envie de travailler avec le Front et considère que le Bloc gravite autour du parti, que des échanges existent.

«Le Bloc Identitaire fait du lobbying auprès du FN», reconnaît Fabrice Robert. «Mais pas seulement: l’UMP a repris par exemple notre proposition sur la déchéance de nationalité des djihadistes». «Le FN a vocation à rassembler largement… Ils ne peuvent pas tout dire». Le Bloc reste une vigie, en attendant mieux.

Source: Le Figaro